Hommage à Samuel Paty

Discours de Nicolas Soret, Joigny, mercredi 21 octobre 2020

Mesdames, Messieurs,

Aujourd’hui, nous sommes rassemblés pour rendre un hommage à Samuel Paty.

Monsieur Paty était enseignant, professeur d’histoire-géographie. Les témoignages de ses collègues, de ses élèves, dépeignent un homme extrêmement engagé dans son travail, à l’écoute, investi, soucieux d’accomplir au mieux sa mission : transmettre de la connaissance, éduquer, éveiller les consciences, forger les libre-arbitres. Au nom du conseil communautaire, au nom du conseil municipal dans toutes ses composantes, depuis Joigny je veux ce soir envoyer nos pensées à la famille, aux proches, aux collègues de Monsieur Paty. Je veux leur dire nos condoléances sincères, notre solidarité, notre insondable tristesse et notre colère immense.

Samuel Paty a été assassiné, décapité. Il l’a été précisément pour le cours qu’il a donné. Il est mort dans l’exercice de sa mission. Une mission qu’il tenait de la République, de la France. Car c’est précisément notre République qui a inscrit dans ses programmes scolaires l’enseignement de la liberté d’expression.

D’emblée, je veux dire aux enseignants notre respect, notre soutien, nos encouragements, notre solidarité. J’imagine ce que doit être, depuis vendredi, leur réflexion : on peut donc mourir d’enseigner. On peut donc mourir d’appliquer le programme scolaire de la République, si l’on cherche à l’illustrer par des faits réels.

Je veux leur dire avec insistance, et du plus profond de mon cœur : ne flanchez pas. Restez debout ! Demeurez aux côtés de celles et ceux qui s’échinent, jour après jour, à éveiller les consciences, à bâtir pour nos enfants un monde vivable, apaisé, meilleur. Car si vous, vous flanchez, tout est fichu. C’est vous qui formez les citoyennes et les citoyens de demain ! C’est vous qui éduquez, instruisez, fidèles à l’esprit des Lumières.  C’est vous qui chaque heure de chaque jour de chaque mois de chaque année scolaire, collectivement, nous assurez de former les générations qui viennent pour continuer à faire du peuple de France un peu éclairé, pétri du contrat social qui est le sien, qui est le nôtre, ce contrat implicite qui nous lie tous, quand on habite dans notre pays, ce contrat qui s’incarne dans notre devise nationale : Liberté, Égalité, Fraternité. Le pays vous a confié une mission essentielle, pour laquelle, je le sais, je l’entends, certains d’entre vous se sentent de plus en plus seuls. Alors je veux vous dire avec force : vous n’êtes pas seuls. Et nous sommes nombreux, à vos côtés, chacun à nos postes, à lutter, comme vous, chaque jour, pour faire que la promesse républicaine s’incarne, au quotidien, et pour que vivent ses idéaux.

Qu’est-ce que certains reprochent à Samuel Paty ? D’avoir utilisé les caricatures de Charlie Hebdo pour illustrer la liberté d’expression ? D’avoir voulu montrer à ses élèves pour quoi des journalistes sont morts, en France, en 2015 parce que précisément on leur niait leur droit à dessiner ce qu’ils avaient envie de dessiner ? Et alors ? Certains veulent nous expliquer que ces caricatures, il ne faudrait pas les montrer ? Voire même qu’elles ne devraient pas exister ?

Mais penser ainsi, ce serait, de fait, reconnaitre l’interdiction au blasphème, reconnaitre que l’on n’a pas le droit de se moquer des religions. Mais ce n’est pas le cas en France ! La liberté d’expression est limitée par quelques interdits, mais pas celui-là. Oui en France on peut caricaturer les grandes figures religieuses ! Mais personne ne vous a jamais obligé à acheter ces dessins, à les voir. Oui en France on peut blasphémer ! Oui ! Car si on interdisait le blasphème, ce serait reconnaitre que les lois, les règles religieuses s’imposent à la République. Mais ce n’est pas notre histoire, ce n’est pas notre chemin, ce n’est pas le fruit de nos révolutions.

La France qui a été ensanglantée pendant des siècles par des guerres de religion a réglé l’affaire à sa manière : par la séparation des Eglises et de l’Etat. La République française est laïque ! Point barre. La République française est laïque ! Elle garantit l’existence des cultes, elle s’engage à respecter le droit de croire, au même titre qu’elle reconnaît le droit de ne pas croire, elle garantit à chacune et chacun de ne pas être jugé, poursuivi, pour l’exercice de ses croyances, de ses convictions, même religieuses. Mais la République ne fait sienne aucune des règles religieuses. La République est neutre dans l’espace public, ce qui garantit la cohabitation harmonieuse de toutes les religions. Ce qui emporte que, jamais, en France, les règles d’aucune religion ne surpasseront les règles de la République.

Certains rêvent de nous asservir. Jamais, nous n’accepterons de céder à une idéologie totalitaire, obscurantiste, sauvage et sanguinaire qui entend, dans un pays laïque, interdire par la terreur toute critique d’une religion, religion que cette idéologie totalitaire ne cesse elle-même de dévoyer, dont elle ne cesse, elle-même, de dénaturer le message.

Chacun voit bien la machine infernale dans laquelle on veut nous emmener. Ces terroristes, ces fondamentalistes, qui à chaque atrocité, à chaque exaction, se revendiquent de l’Islam, ne poursuivent qu’un seul objectif : installer le chaos, se nourrir de la peur. Ils misent sur le fait que notre peuple traumatisé, ayant perdu sa boussole et sa clairvoyance, va vouloir se venger en choisissant comme bouc-émissaires nos concitoyens musulmans, quand bien même leur relation à leur religion, leur conception de leur religion, leur pratique de leur religion dans leur quotidien, n’a strictement, strictement rien à voir avec les discours ou les pratiques de ces terroristes et s’inscrit pleinement dans le cadre de notre Etat laïque. Mais ces terroristes, eux, entendent nourrir leur fonds de commerce : ils veulent que le ressentiment contre l’Islam progresse, car ils font le pari qu’en nourrissant l’islamophobie, ils gagneront en audience, et en recrues nouvelles qui elles-mêmes basculeront dans des actes odieux. C’est un cycle infernal qu’ils cherchent à mettre en place, un tourbillon mortifère.

Ils n’y arriveront pas. Ils veulent nous changer ? Ils veulent nous changer par la peur ? Cela ne fonctionnera pas, car à chaque fois, après la sidération, nous nous redresserons, nous ferons front, nous resterons unis pour défendre notre mode de vie, nos conceptions des relations entre les affaires publiques et les religions, notre contrat social, notre République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Pour nous en sortir, trois réponses à mes yeux :
Premièrement, redire aux musulmans de France, dont l’immense, l’immense majorité exerce sa religion dans la paix et la concorde, sans prosélytisme, que nous ne faisons pas d’amalgame entre eux et ces barbares, ces sauvages qui sont des usurpateurs, des fossoyeurs de leur religion. Car chacun le sait, chacun le sent, si l’on glisse, si l’on se laisse aller à dévaler la pente vers laquelle nous poussent ces terroristes, nous jetant dans les bras de l’amalgame et de la stigmatisation, ce sera la guerre civile, ils auront gagné. Et certaines forces politiques, dans notre pays, jouent à un jeu dangereux avec ce sentiment.
Deuxièmement nous devons être intraitables avec celles et ceux qui propagent des discours de haine, celles et ceux qui entendent par l’horreur nous imposer leurs règles, leurs lois en se revendiquant d’une religion dont ils dévoient le message ! Rappelons d’ailleurs, on ne le dira jamais assez, que la majorité des victimes de l’ismal radical dans le monde sont musulmans. La République doit se montrer intraitable avec ceux qui entendent saper ces fondements. Intraitable avec ceux qui veulent la dénaturer. Intraitable avec ceux qui assassinent ses journalistes, ses enseignants, ses gendarmes (je pense à Arnaud Beltrame) ou qui tuent aveuglément dans les salles de spectacle, à la terrasse des cafés à Paris ou sur la promenade des anglais, à Nice. Il ne peut y avoir ni angélisme, ni complaisance, ni naïveté y compris face à ceux qui présentent en pure façade des brevets de respectabilité mais qui, en sous-main, attisent les tensions. Là-aussi, des forces politiques nationales jouent à un jeu trouble. Alors qu’il faut sans celle le redire : L’Etat de droit doit être sans pitié avec ceux qui veulent nous renvoyer à l’état de nature, où ne s’impose qu’une règle, celle du plus fort. Il faut des moyens à nos forces de sécurité, il faut des moyens à notre justice, il faut venir mettre un peu d’ordre et de règles dans les nouveaux outils de communication qui ont joué un rôle majeur dans cet odieux assassinat.
 Troisièmement, nous devons continuer à combattre les situations de misère, de décrochage, de pauvreté dont tous les extrémismes, les fanatismes, font leur miel. Il nous faut comprendre, certainement pas pour excuser – j’insiste ! -, certainement pas pour excuser, mais il nous faut comprendre ces mécanismes qui font un jour basculer des destins et produisent des terroristes, pour mieux appréhender, anticiper, et combattre.

C’est à ces trois conditions que nous saurons collectivement dépasser le piège qui nous est tendu.

Monsieur Paty, en votre mémoire, en pensant à vos proches, en hommage à vos collègues enseignants, en pensée avec tous ceux, déjà trop nombreux tombés sous les coups du fanatisme, j’invite l’assemblée à respecter une minute de silence.

Nicolas SORET,
Maire de Joigny,
Président de la Communauté de Communes du Jovinien

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